Comprendre les Vietnamiens. Notes de lecture

Comprendre les Vietnamiens.  Notes de lecture

Un livre de Nicolas LEYMONERIE, Riveneuve Ed. Paris, 2022.

Nicolas LEYMONERIE, développeur vidéo à Paris est parti au Vietnam en 2006, à Hanoi puis maintenant à Dalat.
Il a embrassé la culture vietnamienne (pas que…), diplômé en langue vietnamienne, il a fondé un centre d’enseignement du français, maintenant centre d’examen certifié.

Cet expatrié, quasi biculturel, aborde en 262 pages érudites, tout ce qui est utile de savoir sur la culture vietnamienne. Ses chapitres en donnent une idée :
1 - Bonjour Vietnam! 2 - Les subtilités de la langue 3 - « C'est un Niakoué ! » 4 - Un monde de dualités
5 - Quand le poulet perd sa face 6 - Les mandarins du chemin de plastique 7 - Traditions, cultes et croyances
8 - Ah, ces ballots! 9 - Mais enfin, qui sont les Vietnamiens? JO- Toujours bon à savoir
RÉCITS ET HISTOIRES VRAIES : Vices dans la construction, Un Américain bien moins tranquille, Contes fruités, La nymphe et le buffle, CA DAO ET AUTRES DICTONS

Le livre est préfacé par Nicolas WARNERY, Ambassadeur de France au Vietnam depuis septembre 2019.
La postface est de Ngo tu Lap, écrivain, poète, musicien et directeur de l’Institut international francophone à Hanoi.
Les photos sont de Rehahn, photographe français installé à Hoi An, que les « Facebookers » connaissent bien.
La bibliographie est abondante.
Un livre qui pourrait intéresser tous les Français de l’AFVP

Au-delà de « comprendre les Vietnamiens » on peut lire « Vivre avec les Vietnamiens » de Philippe PAPIN (une signature sûre !) et Laurent PASSICOUSSET (L’Archipel, Paris, 2010).

Travailler avec les Vietnamiens est une problématique un peu différente.

Ce sujet avait été abordé par Didier JEAN-FRANCOIS (B.Sc., MBA, Montréal) fils de notre collègue Rita JEAN-FRANCOIS, lors du Congrès Franco-Vietnamien de Dalat en 2010, dans la mouvance des travaux de Fons TROMPENAARS (L’Entreprise multiculturelle, Maxima Ed. Paris, 2008). Cette approche de consultant a peu pénétré le Vietnam

Alain HENRY, vietnamophone, ancien directeur d’études et recherches à l’Agence Française pour le Développement, a une approche plus subtile et plus complexe, essayant de regrouper ses observations dans un scenario de « péril et de salut » (« utilité contre misère »).

Mobilités culturelles. À la recherche d’une « empreinte » vietnamienne In : Viêt-Nam en transitions [en ligne]. Lyon : ENS Éditions, 2014 (généré le 23 février 2020). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/enseditions/4683>. ISBN : 9782847885866. DOI : 10.4000/books.enseditions.4683)

Viet Long NGUYEN, aujourd’hui consultant à Ho Chi Minh Ville, nous emmène sur une autre piste dans sa Thèse de Sciences de Gestion, dirigée par notre ami Stéphane FAUVY (Vietnamese Village Culture & its impacts on the functioning of international enterprises in Vietnam cultural context.Enjeux managériaux des entreprises internationales dans le contexte culturel vietnamien. Thèse Sci Gestion. 17-02-2015. Paris 9 – Dauphine). 
Il insiste sur le poids de la culture du village de riziculture. Pour schématiser :
- Les Occidentaux accordent l’importance à l'individu 
- Les Chinois à la famille, 
- Les Vietnamiens au village.
  Le village vietnamien est la « clé de voute » structurante de la société vietnamienne, avec quelques caractéristiques :
- Autonomie ! Autogestion avec l’assemblée des notables, Comité consultatif, exécutif, bureau des décisions, des services… une bureaucratie, des reunions, budget, justice locale, ordre et sécurité, fêtes, les évennements religieux. Ni les empereurs (13 et 15ème siècle), ni les français, ni le communisme n’ont pu effacer cette organisation. 
Mais, sans surprise, une logique contradictoire (ou d’équilibre, Yin / Yang – Äm / Dương) vient nuancer cela :
- Solidarité (communauté) vs individualisme (autosuffisance)…
- Tendance à l’harmonie mais ne soutenir que leurs proches et voisins…
- Mode de vie démocratique et égalitaire mais dogmatique et hiérarchique…
- Autosuffisants mais identité personnelle réduite
- Travailleurs autosuffisants mais comptant sur les autres

Le livre de Philippe PAPIN, Histoire des Territoires de Hanoi (Indes savantes ed., Paris,  2013) illustre cette importance du village (et village urbain ou rue, dans Hanoi et sa périphérie), mais développe aussi la construction des hiérarchies, des préséances, des usages.

 

Tout ceci nous éclaire sur le fonctionnement multiculturel au travail. Mais dans les formations que nous organisons (sessions, accueil de stagiaires etc.), nous sommes confrontés à une autre difficulté : une différence de mode de pensée. Pour faire court :

  • les occidentaux ont une pensée principalement déductive (avec une écriture alphabétique, une grammaire…), et nous insistons sur la physiopathologie, les algorithmes.
  • les Vietnamiens ont une pensée surtout analogique (et une écriture initialement idéographique) et préfèrent comparer cas par cas, appliquer des protocoles.

Nous ne pouvons pas transposer telles quelles nos formations conçues en France pour des Français sans prendre en compte ces différences culturelles.
Mais quelles richesses dans nos rencontres, dans nos sessions, dans nos « confrontations » culturelles !

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